«La Grande escroquerie du rock’n’roll – 2» (I. Kormiltsev)

En son temps, le parrain du punk, Malcom MacLaren, avait réalisé un film dans lequel il expliquait comment il avait habilement su vendre la révolte de dadais britanniques à une bourgeoisie apeurée et ayant définitivement perdu foi en l’avenir suite à la finale mouvementée des années ‘60 révolutionnaires, à la crise pétrolière de 1973 et au début de la terreur palestinienne à l’Olympiade de Munich.
– No future, il n’y a pas d’avenir ! hurlait Johnny Rotten, et les maîtres du monde apeurés répétaient en chuchotant : – Yes, yes, no future…
C’est sur cette coïncidence entre l’offre et la demande que l’écossais aux taches de rousseur s’est fait ses millions. Puis il a balancé le secret du succès dans un film cynique, The Great Rock’n’Roll Swindle (La Grande escroquerie du rock’n’roll).
Pour l’instant, dans la triste histoire du rock russe, par chance ou par malheur, il n’y a pas eu de MacLaren local pour tourner une suite sous le titre « La Grande escroquerie du rock’n’roll – 2 ». Car, comme dans cette histoire britannique, nous avons affaire à ce vieux tour philistin : convertir la fureur des poètes en capital politique pour les grands de ce monde, pour ensuite livrer aux mains de la foule bernée les Maures qui ont fait leur devoir

Rock-lobotomie, 3e partie. « Les derniers des héros » : de Bruce Lee à Kaï Metov

Note du traducteur : Si la deuxième partie de cette série se passait de commentaires développés de ma part (parce que le texte était assez explicite en lui-même ou parce que mes réflexions se recoupaient avec celles énoncées dans introduction de la première partie), la troisième mérite qu’on s’arrête plus en détail sur certaines affirmations de l’auteur qui sont très tranchées et, par conséquent, très discutables. Je ne peux me joindre, par exemple, aux opinions soutenant que les textes du rock russe son « par principe » très éloignés de la poésie, ou que sa musique est inexistante et ne repose que sur les artifices des arrangements. Les traductions et adaptations réalisés par mes soins me permettent, de mon côté, de faire le constat suivant : il y a dans ce rock russe à boire et à manger, à se délecter et à vomir, à s’enivrer et à dégriser.

«Rock-lobotomie : comment nous avons bousillé notre identité. 1re partie» (K. Siomine)

Il a plusieurs raisons qui m’ont poussé à traduire ce texte dans son intégralité et à publier le résultat. Fin 2014, quand j’écrivais un billet intitulé « Soljenitsyne, Pouchkine et le Goblin », j’étais loin de m’imaginer l’ampleur que prendrait la tendance que j’y décrivais. On assiste aujourd’hui, en Russie, à ce que j’aimerais appeler « un renouveau de la pensée marxiste », mais je serai plus mesuré et réaliste : on a observe, ces deux-trois dernières années, une montée en puissance de la propagande communiste sur le runet, le segment russophone de la Toile.

Vladimir Vyssotski – «Mon ami part pour Magadan»

En Russie, quand un prévenu se transforme en condamné, et se voit attribuer la « colonie » où il devra purger sa peine, ou quand un détenu est transféré d’une prison à une autre, il va, comme on dit dans le jargon des voleurs, po ètapou, « par l’étape », ce qui désigne les différentes escales qu’il devra faire avant d’arriver, souvent en train, à sa destination. Magadan est une de ces étapes finales et fortement symboliques, port et gare de triage desservant les différents bagnes de la région.

Leningrad / Nestchastnyï Sloutchaï – «Élections, élections…»

Ça fait un bout de temps que j'ai renoncé à essayer de commenter régulièrement les actualités politiques et sociales russes : je ne le faisais avant, déjà, qu'aux très grandes occasions où j'estimais que je pouvais ajouter un point de vue un minimum original (dans la sphère francophone, du moins) et souvent, en réalité, ça se résumait à du sarcasme et des railleries pas très habiles qui ont, en plus, fini par se tarir.

La recette des pirojki (des benêts numériques et des beignets poétiques)

En règle générale, je ne mets mes gros sabots sur les réseaux sociaux que pour faire la promotion des billets de ce blog. J’ai développé une antipathie profonde pour une grande partie du contenu et des principes de fonctionnement de ces espaces d’échange et de discussion : la paresse du like et du repost, la bulle narcissique qu’ils entretiennent, la mauvaise foi qui en irradie, l’abêtissement général qui en résulte et auquel je n’échappe pas.

Vladimir Vyssotski – « Zéka Vassiliev et Pétrov-zéka » (L’Auteur, le Barde, le Truand)

Le truand chanté par Vyssotski à ses débuts, même si parfois il se retrouve presque par accident dans le milieu, est généralement un criminel convaincu et endurci, simplement un peu plus passionné, sensible ou généreux que ses comparses, ce qui le mène à sa perte. Tatoué de l’intérieur, contestant les termes de sa condamnation devant la cour « populaire », il est maximaliste et sympathique. Dès le début des années 1960, Vyssotski s’éloignera de cette image, et s’efforcera de présenter les personnages criminels ou assimilés dans un contexte satirique et moralisateur.

Egor Letov – «Que l’Anarchie soit (ou pas)» (triptyque chaotique)

Quand on consacre, en tant que traducteur et rédacteur de blog, une bonne partie de son temps et de ses efforts à un artiste spécifique, il est à la fois gratifiant et humiliant de découvrir des chercheurs qui, tout en abondant dans votre sens, remettent vos maigres réflexions dans un contexte plus global et, surtout, beaucoup mieux structuré. J’espérais trouver une telle confirmation dans les travaux d’une certaine Hélène Piaget, qui aurait comparé un de mes groupes fétiches, Krasnaia Plesen’, au poète Daniil Harms. Hélas, après avoir interrogé tous les sociologues avec qui je pouvais avoir un contact, dont des gens qui connaissent des gens qui occupent de hauts postes à la Sorbonne, il semblerait que cette «professeure d’anthropologie sociale» et spécialiste du punk russe citée par une journaliste du site Pravda.ru n’existe tout simplement pas. Par contre, j’ai en parallèle eu le plaisir de découvrir la thèse de Julien Paret (Inalco) intitulée Territoires informationnels et identités politiques : Chorographie réticulaire des communautés virtuelles socialistes dans la Russie post-soviétique de 2008 à 2017, qui me conforte dans ma conviction que le poète et musicien Egor Letov est un personnage œcuménique pour une grande partie des «socialistes» (et, accessoirement, des marginaux) de toutes les Russies, aussi controversé qu'adoré, parce qu'il est plein de contradictions qu'il assume totalement.

Vladimir Vyssotski – «La visite d’une Muse, ou La chansonnette du plagiaire» (feat. Pouchkine et Akhmatova)

Peu de sens se perdent, dans une traduction consciencieuse. C'est juste que, de temps à autre, pour retranscrire un verbe, il vous faudra une phrase, pour expliquer un concept, il vous faudra deux-trois chansons, et si vous voulez ne serait-ce que commencer à cerner un personnage, vous devrez lui consacrer un paquet de billets et de liens. On apprend parfois au traducteur que la note de bas de page est un aveu d'échec, alors qu'elle n'est qu'un aveu de manque de temps et d'espace, si l'essentiel pour vous est le sens. Traduire des chansons permet d'atténuer le seul véritable écueil de la traduction littéraire et poétique, à savoir la dynamique et la sonorité du texte original : quand j'adapte une chanson, même si j'essaye, tant bien que mal, d'en singer le rythme et les rimes, je n'ai pas forcément besoin de vous expliquer toutes les consonances, les échos des idiotismes [1], la profondeur des voyelles, le raclement dans la gorge, vous les avez en version audio.