Sektor Gaza – «Soupe au choux» (du pathétique et du symbolique)

Au vu de la relative diversité musicale que propose l'œuvre de Sektor Gaza (SG), on peut penser que c'est un groupe qui a évolué avec le temps ou qui «défie les étiquettes» – un peu punk mais très pop-rock quand même – alors qu'il est surtout l'héritier d'une tradition du punk «pathétique» remontant à des … Lire la suite Sektor Gaza – «Soupe au choux» (du pathétique et du symbolique)

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Sektor Gaza – «Préservatif» (diptyque en latex ou «du déficit et de l’explicite»)

Quand on parle du «sexe en URSS», on aime souvent citer, comme témoignage de l'obscurantisme sexuel dans lequel le régime tenait le peuple, cette réponse austère d'une femme soviétique : «ou nas seksa niet» – «il n'y a pas de sexe chez nous», prononcée en 1986 lors d'un «pont télévisuel», un télémost, entre des femmes des États-Unis et de l'Union Soviétique. On oublie alors généralement de citer la question de la spectatrice américaine dont le fond était «chez nous, la publicité tourne beaucoup autour du sexe, est-ce également le cas chez vous?» – «Il n'y a pas de sexe chez nous, nous sommes catégoriquement contre...» [voix énergique de la salle:] «Il y a du sexe chez nous, mais pas dans les publicités!». Question et réponses un peu naïves à une époque où les Soviétiques n'avaient pas encore goûté à toutes les vertus de la «réclame», et pouvaient encore voir des avenues qui n'étaient pas défigurées par l'enchaînement de panneaux publicitaires, dont le nombre a fini par ratatiner toutes les idoles d'antan.

Sektor Gaza – «Les riches pleurent aussi»

Sektor Gaza est un groupe pour lequel il est problématique de dresser un tableau clair ou de nettes tendances dans l'évolution des thématiques abordées au fil des albums, si ce n'est la disparition progressive des railleries contre le régime communiste, suite à la chute de ce dernier, et une volonté passagère de rendre la musique plus commerciale sur quelques morceaux ou albums en supprimant le langage explicite ou argotique voire même le ton très familier qui sont parmi leurs marques de fabrique (cf. «Lirika», «Touman» ou l'album Gazovaia Ataka). Tout cela n'est pas arrangé par le fait que, comme la plupart des rockers de l'ex-URSS, ils ont profité des meilleures conditions studio auxquelles ils ont pu avoir accès dans les années 1990 pour réenregistrer une partie de leurs vieux tubes, et pas forcément dans le bon ordre.

Grajdanskaia Oborona – «Terre Natale»

Quand on traduit du russe, à force, on finit par tomber sur des conventions de traduction aussi agaçantes qu'immuables. Prenons, par exemple, la transcription française du russe qui, trop souvent, est incapable de remplir sa fonction première : indiquer, de manière approximative, à une personne ignorant la langue et/ou l'alphabet source, la manière de prononcer tel ou tel mot. Parfois, on est confronté à des problèmes fondamentalement insolubles, comme la lettre «ы» – vous aurez beau remplacer par un i, un y ou un x, ça ne créera pas de son pouvant suffisamment s'en rapprocher en français – et parfois, on subit des règles d'un autre âge, quand des gens se sont dit que ce serait une bonne idée, par exemple, de retranscrire la lettre «щ» par un très élégant et lisible chtch.

Alla Pougatchiova – «Un million de roses»

Alla Pougatchiova, dans le genre monstres sacrés de la musique de variété russe et soviétique, est un peu la vieille sorcière increvable, ou la femme talentueuse et tenace dont la carrière musicale traversera tous les cataclysmes et renouveaux, c'est selon. C'est le très populaire ensemble vocal et instrumental [1] «Les Joyeux Gars» qui lui servira de tremplin, au milieu des années 70, et à partir de là Alla vit le rêve soviétique: le morceau «Arlékino (Arlequin)» décroche le grand prix à un festival en Bulgarie, puis s'ensuivra une bonne décennie de succès artistiques.

Tchaïf – « Argentine – Jamaïque 5:0 »

Lors de la Coupe du monde de football de 1998, alors que la Russie n'avait pas réussi à se qualifier pour le premier tour, les spectateurs du pays ont bien dû se trouver d'autres équipes à soutenir. Outre les éternels «frères slaves» et apparentés (Yougoslavie, Croatie, Roumanie), quelques Russes ont un faible pour l'équipe de Jamaïque, qualifiée pour la première fois de son existence. Les espoirs des Jamaïcains seront hélas mis à mal par ces même frères slaves (les Croates) dès le premier match, et anéantis lors du deuxième match contre l'Argentine, qui s'achèvera sur le score annoncé dans le titre dans ce billet.

Nol’ – «Une pluie acide» (de l’adaptation et de la bellettristique)

Quand j'adapte une chanson, il y a, le plus souvent, une seule et unique motivation : elle me plaît. Dans un exercice quotidien et personnel, je fais tourner dans ma tête une punchline – une rime percutante – et j'essaye de comprendre si, en retournant les mots dans tous les sens, je peux obtenir quelque chose de vaguement équivalent en français. Et, des fois, par miracle ou par étirement, ça tombe presque juste. Souvent, je me résigne à ranger l'ébauche de texte dans le dossier «intraduisibles», que je revisite quand même, de temps en temps, au cas où j'aurais une illumination soudaine.

Vladimir Vyssotski sur le public, les applaudissements, le spectacle, la chanson d’auteur et ses amis de jeunesse (concert à Kaliningrad, 16 juillet 1980)

Cet enregistrement est extrait du dernier concert donné par Vyssotski, décédé neuf jours plus tard, le 26 juillet 1980. Il se lance dans cette digression d'une dizaine de minutes après avoir interprété sa «Chanson sur l'aviateur décédé», qui s'ouvre par les les paroles «Toute la guerre, à ras bords, je tendais vers la maison...», et se termine par «je suis revenu, mais lui n'a pas eu le temps». La perte d'un ami, d'un frère d'armes, d'un camarade, et l'inévitable «pourquoi lui, et pas moi ?» sont un des thèmes récurrents de Vyssotski. Dans ma traduction, j'essaye de garder son phrasé assez hésitant et par moments décousu, même si je me suis permis de couper certaines répétitions ou rendre plus lisibles certains passages sans forcément le préciser.

Zoopark – «Blues de Moscou» (en french dans le texte)

J'ai mentionné, dans mon précédent billet, le morceau traduit ci-dessous comme un bon exemple de la très folklorique rivalité existant entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Peu après, je suis retombé sur ce papier : Les particularités d'emploi des mots argotiques en russe contemporain. Bien que restant d'actualité une bonne quinzaine d'années après son écriture, il propose une référence musicale qui est, à mon humble avis, l'une des moins pertinentes que l'on puisse choisir dans ce contexte : Viktor Tsoï est mentionné par l'auteure comme l'exemple d'un musicien de la Perestroïka ayant porté l'argot dans les masses, alors qu'il est, au contraire, un de ceux dont les textes contiennent le moins d'expressions vulgaires, argotiques ou datées, ce qui a contribué à les rendre intemporels.

Cannes, Kino, le cinéma, Serebrennikov, l’Été et des navets guerriers

Après une longue pause et une série de traductions et de billets plus ou moins détachés de l'actualité, j'essaye de rattraper les dépêches de mon fil Twitter, et voilà que je tombe, bien opportunément, sur Cannes, Serebrennikov et son «Été», une occasion pour moi de parler (une fois de plus) des personnages dépeints par son film et, comme d'habitude, de finir par divaguer sur des trucs qui n'ont pas beaucoup de rapport.