Nol’ — «Je marche, je fume» (Pour vivre heureux, vivons perchés)

Dans la spirale historique de la Russie, il y a deux époques qui se font écho de manière particulièrement vibrante : les réformes de la NEP, la Nouvelle Politique Économique juste après la guerre civile (1922 à 1928) et, quelques décennies plus tard, la libéralisation économique lancée avec la perestroïka et achevée sous Eltsine. Difficile de dire si, conformément à l'adage établi par un célèbre philosophe, l’une ou l’autre aurait été davantage une tragédie ou une farce, ce qu’on peut simplement constater, c’est que les œuvres artistiques de l’Union Soviétique post-stalinienne avaient tendance à romantiser l’aspect « truand » de la NEP, sa luxure et sa débauche, avec l’aval et le soutien croissants de la propagande officielle. Du charmeur mais encore tragique personnage d'Ostap Bender porté à l’écran dans les années 1960-70 aux plates bouffonnades comme « Les rêves d’un idiot » dans les années ‘90, le degré de complaisance évolue, en général, de manière inversement proportionnelle à la moralité et au talent des réalisateurs.

«La Grande escroquerie du rock’n’roll – 2» (I. Kormiltsev)

En son temps, le parrain du punk, Malcom MacLaren, avait réalisé un film dans lequel il expliquait comment il avait habilement su vendre la révolte de dadais britanniques à une bourgeoisie apeurée et ayant définitivement perdu foi en l’avenir suite à la finale mouvementée des années ‘60 révolutionnaires, à la crise pétrolière de 1973 et au début de la terreur palestinienne à l’Olympiade de Munich.
– No future, il n’y a pas d’avenir ! hurlait Johnny Rotten, et les maîtres du monde apeurés répétaient en chuchotant : – Yes, yes, no future…
C’est sur cette coïncidence entre l’offre et la demande que l’écossais aux taches de rousseur s’est fait ses millions. Puis il a balancé le secret du succès dans un film cynique, The Great Rock’n’Roll Swindle (La Grande escroquerie du rock’n’roll).
Pour l’instant, dans la triste histoire du rock russe, par chance ou par malheur, il n’y a pas eu de MacLaren local pour tourner une suite sous le titre « La Grande escroquerie du rock’n’roll – 2 ». Car, comme dans cette histoire britannique, nous avons affaire à ce vieux tour philistin : convertir la fureur des poètes en capital politique pour les grands de ce monde, pour ensuite livrer aux mains de la foule bernée les Maures qui ont fait leur devoir

Strannye Igry – Les jeux étranges de la skadaptation (de Queneau à Madness en passant par Brassens)

Sur l’emblématique compilation Red Wave: 4 Underground Bands from the Soviet Union, derrière les trois mastodontes du rock’n’roll soviétique – Aquarium, Alissa, Kino – il y avait un petit groupe aujourd’hui largement oublié : Strannye Igry (littéralement « Jeux étranges »). Les raisons de l’oubli sont assez simples : en 1986, à la sortie de la compilation susnommée, le groupe se séparait en deux nouvelles entités, les groupes AVIA et Igry, qui ne connaîtront pas de succès populaire malgré des carrières prolongées.

Rock-lobotomie, 3e partie. « Les derniers des héros » : de Bruce Lee à Kaï Metov

Note du traducteur : Si la deuxième partie de cette série se passait de commentaires développés de ma part (parce que le texte était assez explicite en lui-même ou parce que mes réflexions se recoupaient avec celles énoncées dans introduction de la première partie), la troisième mérite qu’on s’arrête plus en détail sur certaines affirmations de l’auteur qui sont très tranchées et, par conséquent, très discutables. Je ne peux me joindre, par exemple, aux opinions soutenant que les textes du rock russe son « par principe » très éloignés de la poésie, ou que sa musique est inexistante et ne repose que sur les artifices des arrangements. Les traductions et adaptations réalisés par mes soins me permettent, de mon côté, de faire le constat suivant : il y a dans ce rock russe à boire et à manger, à se délecter et à vomir, à s’enivrer et à dégriser.

Nike Borzov – «Petit cheval»

Parmi les refrains pop-rock entêtés et entêtants de la deuxième moitié des années 1990 en Russie, le morceau traduit ci-dessous n’est peut-être pas forcément plus emblématique qu’un autre, mais il est en certains points pittoresque. Nike Borzov représente bien cette génération qui a profité de la perestroïka pour commencer à faire du rock et qui, une dizaine d’années plus tard, à force de répétitions, de talent et de hasard, a su caser deux ou trois hits dans les classements et les rotations des radios et chaînes musicales.

«Rock-lobotomie : comment nous avons bousillé notre identité. 1re partie» (K. Siomine)

Il a plusieurs raisons qui m’ont poussé à traduire ce texte dans son intégralité et à publier le résultat. Fin 2014, quand j’écrivais un billet intitulé « Soljenitsyne, Pouchkine et le Goblin », j’étais loin de m’imaginer l’ampleur que prendrait la tendance que j’y décrivais. On assiste aujourd’hui, en Russie, à ce que j’aimerais appeler « un renouveau de la pensée marxiste », mais je serai plus mesuré et réaliste : on a observe, ces deux-trois dernières années, une montée en puissance de la propagande communiste sur le runet, le segment russophone de la Toile.

Vladimir Vyssotski – «Mon ami part pour Magadan»

En Russie, quand un prévenu se transforme en condamné, et se voit attribuer la « colonie » où il devra purger sa peine, ou quand un détenu est transféré d’une prison à une autre, il va, comme on dit dans le jargon des voleurs, po ètapou, « par l’étape », ce qui désigne les différentes escales qu’il devra faire avant d’arriver, souvent en train, à sa destination. Magadan est une de ces étapes finales et fortement symboliques, port et gare de triage desservant les différents bagnes de la région.

Leningrad / Nestchastnyï Sloutchaï – «Élections, élections…»

Ça fait un bout de temps que j'ai renoncé à essayer de commenter régulièrement les actualités politiques et sociales russes : je ne le faisais avant, déjà, qu'aux très grandes occasions où j'estimais que je pouvais ajouter un point de vue un minimum original (dans la sphère francophone, du moins) et souvent, en réalité, ça se résumait à du sarcasme et des railleries pas très habiles qui ont, en plus, fini par se tarir.