Cannes, Kino, le cinéma, Serebrennikov, l’Été et des navets guerriers

Après une longue pause et une série de traductions et de billets plus ou moins détachés de l'actualité, j'essaye de rattraper les dépêches de mon fil Twitter, et voilà que je tombe, bien opportunément, sur Cannes, Serebrennikov et son «Été», une occasion pour moi de parler (une fois de plus) des personnages dépeints par son film et, comme d'habitude, de finir par divaguer sur des trucs qui n'ont pas beaucoup de rapport.

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Pronoms fantômes, humour douteux, et Daniil Harms contre le pistolet Makarov

Dans la langue russe, malgré ses mécanismes parfois remarquables (ah ! ces verbes de mouvement !) et son vocabulaire fleuri, il y a une nuance qui se perd presque totalement : celle des pronoms personnels et impersonnels. J’aime l’illustrer par cette vielle blague où Pét’ka, jeune recrue de l’Armée Rouge, demande au légendaire commandant Vassili Tchapaïev la signification du mot « nuance ».

Moisissure Rouge – «Sortez couverts»

Dans le texte qui suit, certains prénoms ont été modifiés afin de m'épargner l'effort de réinventer des rimes. Une note sur l'utilisation de «tiotia» (тётя) et, par extension, du masculin «diadia» («дядя»), dans la langue russe : dans le langage enfantin ou dans le langage familier, ce sont les «civilités» utilisées pour évoquer des personnes proches ou bien connues : des membres de leurs familles (véritables tantes), mais également des voisins, amis de la famille ayant (plus ou moins) le même âge que les parents.

Krasnaia Plesen’ – Triptyque patriotique (des bites et des cons)

[NSFW - ce billet est à éviter au travail ou en bonne compagnie]

Il y a des morceaux et des groupes, on ne sait pas trop par quel bout s’y prendre pour vous les présenter et les vendre. Le thème de ce billet est un truc du genre : « Le cas particuliers de la bite et du con dans la satire patriotique du groupe de trash-pop-punk Krasnaia Plesen’ »

Zakhar May – «Le fusil d’assaut»

Je déterre ce morceau qui, bien qu'il sous-entende une autre modèle de fusil d'assaut, coïncide avec le thème de la semaine en Russie: Kalachnikov et son monument. Bref rattrapage pour les retardataires : une statue de l'ingénieur soviétique à été inauguré en grande pompe (avec pope bénisseur de rigueur), et à peine Internet a-t-il eu le temps de s'enflammer en débats sur le véritable créateur de l'AK-47 (certains attribuent la paternité à Hugo Schmeisser, détenu presque jusqu'à sa mort en Russie) et les inspirations de la Kalachnikov par rapport au StG44 allemand, se balançant à la gueule documents secrets, photos en gros plan et schémas techniques, on s'est aperçu que, dans un coin, sur le socle de la statue, le sculpteur avait ajouté le schéma «éclaté»… du StG44 ! Panique à bord, on envoie deux ouvriers «gommer» la bavure à la disqueuse, ils se font interpeller par la police, soupçonnés de vandalisme, pendant que le sculpteur bafouille des excuses : «j'ai cherché sur Google…»

Sektor Gaza – «Le derche» (sanctions, subventions, cultes des personnalités, arnaques, crimes et chantiers navals)

Pendant que la France vénère son nouvel idole pousseur de ballon acheté pour une somme indécente, au cas où vous vous poseriez la question, le culte de la personnalité Poutine se porte bien, merci, entretenu qu'il est à la fois par le lustrage des media pro-pouvoir et les opposants qui ne voient pas d'autre solution que de commenter et de dénigrer le phénomène. On en est arrivé à un point où le dialogue entre le pouvoir et l'opposition russes se résume à un concours d'images photoshopées de Poutine en train de pêcher ou de faire de la randonnée.