«Rock-lobotomie : comment nous avons bousillé notre identité. 1re partie» (K. Siomine)

Il a plusieurs raisons qui m’ont poussé à traduire ce texte dans son intégralité et à publier le résultat. Fin 2014, quand j’écrivais un billet intitulé « Soljenitsyne, Pouchkine et le Goblin », j’étais loin de m’imaginer l’ampleur que prendrait la tendance que j’y décrivais. On assiste aujourd’hui, en Russie, à ce que j’aimerais appeler « un renouveau de la pensée marxiste », mais je serai plus mesuré et réaliste : on a observe, ces deux-trois dernières années, une montée en puissance de la propagande communiste sur le runet, le segment russophone de la Toile.

Sektor Gaza – «Les riches pleurent aussi»

Sektor Gaza est un groupe pour lequel il est problématique de dresser un tableau clair ou de nettes tendances dans l'évolution des thématiques abordées au fil des albums, si ce n'est la disparition progressive des railleries contre le régime communiste, suite à la chute de ce dernier, et une volonté passagère de rendre la musique plus commerciale sur quelques morceaux ou albums en supprimant le langage explicite ou argotique voire même le ton très familier qui sont parmi leurs marques de fabrique (cf. «Lirika», «Touman» ou l'album Gazovaia Ataka). Tout cela n'est pas arrangé par le fait que, comme la plupart des rockers de l'ex-URSS, ils ont profité des meilleures conditions studio auxquelles ils ont pu avoir accès dans les années 1990 pour réenregistrer une partie de leurs vieux tubes, et pas forcément dans le bon ordre.

Leningrad – «Fiasco»

Le 19 septembre, dans une interview à Interfax, Alexandr Jarov, dirigeant du Roskomnadzor, a déclaré qu'il voyait de manière négative l'utilisation de mots obscènes lors des échanges sur Internet, et a appelé les différentes communautés en ligne à arrêter de les utiliser grâce à «l'auto-régulation». Il citera en exemple les bureaux du Roskomnadzor, où la quantité de «mat» (le vocabulaire grossier russe) a été réduite grâce à l'introduction d'une «cuss jar» à l'américaine.

Les médias en ligne, contrairement aux média traditionnels, ne sont pas touchés par les infractions administratives prévues pour l'utilisation de grossièretés dans leur contenus. En 2014, quand la dernière loi idoine était adaptée, Sergueï Shnourov et son groupe Leningrad, connus pour l'abondance de vulgarités dans leurs textes, ont fait un joli pied-de-nez à cette législation avec la chanson «Fiasco», chantée sur l'un des plateaux télé les plus populaires de Russie (Vecherniï Ourgant).