Strannye Igry – Les jeux étranges de la skadaptation (de Queneau à Madness en passant par Brassens)

Sur l’emblématique compilation Red Wave: 4 Underground Bands from the Soviet Union, derrière les trois mastodontes du rock’n’roll soviétique – Aquarium, Alissa, Kino – il y avait un petit groupe aujourd’hui largement oublié : Strannye Igry (littéralement « Jeux étranges »). Les raisons de l’oubli sont assez simples : en 1986, à la sortie de la compilation susnommée, le groupe se séparait en deux nouvelles entités, les groupes AVIA et Igry, qui ne connaîtront pas de succès populaire malgré des carrières prolongées.

Sur l’essence de l’œuvre de Strannye Igry, il n’y a pas grand-chose de plus à dire que le résumé fourni par la page Wikipédia : « influencé par le ska et la poésie surréaliste française ». On ne notera, en guise de curiosité, que la manière dont le filtre de l’inculture américaine à déformé les noms des célèbres surréalistes français, à partir des transcriptions russes, sur les crédits officiels de l’album : Queneau devient « Keno », et Tardieu se morphe en « Gardier ».

Je ne me pencherai pas sur les adaptations russes elles-mêmes, qui sont ce qu’elles ne peuvent qu’être, des approximations faites avec amour mais vouées à l’échec. Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire cet article d’Henri Abril dédié aux traductions du poème de Pouchkine « Je vous aimais… », ou bien mon billet passant en revue les choix faits dans l’adaptation du morceau « Pluie acide » de Nol’.

Strannye Igry – « Métamorphoses »
Sur un poème de Jean Tardieu, adaptation en russe par Mikhaïl Koudinov

Dans cette nuit noire
que nous fait l’Histoire
j’avance à tâtons
toujours étonné
toujours médusé :

je prends mon chapeau
c’est un artichaut

j’embrasse ma femme
c’est un oreiller

je caresse un chat
c’est un arrosoir

j’ouvre la fenêtre
pour humer l’air pur
c’est un vieux placard
plein de moisissures
je prends un crapaud
pour un encrier
la bouche d’égout

pour la boîte aux lettres
le sifflet du train
pour une hirondelle
le bruit d’un moteur
pour mon propre coeur
un cri pour un rire
la nuit pour le jour
la mort pour la vie
les autres pour moi.

Strannye Igry – « Égocentrisme »
Sur un poème de Raymond Queneau, adaptation en russe par Mikhaïl Koudinov
(note l’invité en costume blanc dans la vidéo ci-dessous n’est autre qu’Oleg Garkoucha, leader du légendaire groupe de rock alternatif Auktyon, et fan de la première heure de Strannye Igry)

Je m’attendais au coin de la rue
j’avais envie de me faire peur
en effet lorsque je me suis vu
j’ai reculé d’horreur
Faisant le tour du pâté de maisons
je me suis cogné contre moi-même
c’est ainsi qu’en toute saison
on peut se distraire à l’extrême

Strannye Igry – « La Mauvaise Réputation »
sur un texte de Georges Brassens, adaptation en russe par Natalia Strijevskaia

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