«Rock-lobotomie, 2e partie : la dictature de la monotonie, de la médiocrité et du régurgité»

Texte original par Konstantin Siomine (1er décembre 2014)

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Résumé de l’épisode précédent. Dans les années 80, la musique rock occidentale a été utilisée pour forcer la conscience collective soviétique et pour conduire le pays au suicide. Cet effet aurait difficilement pu être atteint sans le concours de la Télévision Centrale.

…Certains lecteurs ont exprimé des doutes : peut-on mettre les guitares et les magnétophones au même rang que des facteurs systémiques comme le prix du pétrole, la pénurie de biens de consommation et les queues devant les magasin, Och [1] et Soumgaït [2], Spitak [3] et Tchernobyl ? On peut. Et voilà pourquoi. Tout ce que l’on considère, suite aux efforts du consensus libéral, comme un diagnostic fatal pour l’URSS n’a, en fait, rien d’un diagnostic. Transférez-le, comme un calque, de l’année 1980 à l’année 1947. Ai-je besoin de continuer ?

L’URSS ne s’est pas effondrée à cause de l’absence de nourriture, mais parce que la guerre des visions du monde [4] avait été perdue. Et la guerre des visions du monde a été perdue non sans l’implication directe de la culture populaire, locale comme importée, dont la partie la plus destructrice était et demeure la musique rock.

Alors continuons à dépister l’influence corrosive du rock sur la conscience collective soviétique/russe. Avec des images. Des exemples. Des explications. D’où vient donc l’insolence de l’auteur ? Qui lui a donné le droit de traîner Grebenchikov dans la boue et de ranger Tsoï avec les agents de la CIA ? Croyez-le bien, l’auteur est au jus [5]. Faites confiance à l’auteur sur parole. « Tout n’est pas si clair » [6].

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L’un des inventions les plus sous-estimées du XXe siècle, c’est la batterie […]. Le bidouilleur inconnu qui a eu en premier l’idée de disposer la caisse claire, la grosse caisse, le charleston et les cymbales dans cette configuration, semble-t-il, parfaite, mérite un prix Nobel. Sérieusement. Il a créé une arme psychologique nucléaire. Avant cela, le schéma rythmique de toute chanson n’était qu’un genre de fond pour la mélodie. Avec l’apparition de la batterie, le rythme et la section rythmique ont commencé à être plus importants dans la musique que la mélodie, que la musique elle-même, que le texte.

Le secret de toute œuvre de pop/rock populaire est, dans son essence, assez simple. C’est la répétition. C’était la répétition, la restitution obsessionnelle (des cadences, des couplets, du refrain, des phrases musicales) qui poussait les jeunes filles à tomber en extase aux concerts des Beatles. Il y a là, véritablement, une analogie sexuelle (rock and roll). Une définition grossière, mais juste : la musique rock, c’est le meilleur moyen de te baiser le cerveau. La musique rock diffère en cela du jazz, de la chanson française ou de la musique classique. La répétition continuelle de courts fragments est le meilleur moyen de plonger une personne en transe, de systématiser une communion humaine. Cela vaut également pour l’agitation et la propagande, qui ont toujours été fondées sur la répétition continuelle de pensées. Cela vaut également pour la culture populaire musicale. La répétition est la mère des études.

La section rythmique est un balancier invisible dont les mouvements oscillatoires règlent la masse humaine, la foule, sur la bonne fréquence. Le motif de la batterie est une répétition constante : caisse claire, caisse claire, grosse caisse, caisse claire, caisse claire, grosse caisse, et, en parallèle : hi-hat, hi-hat, hi-hat, hi-hat, hi-hat, hi-hat. Le secret de cet effet magique, c’est quand la grosse caisse et la basse résonnent en même temps. Les musiciens ont un terme simple pour ça : « katch » [7] (les temps forts de la basse et de la batterie « coïncident »). Une bonne section rythmique (un batteur et un bassiste qui savent jouer ensemble), comme dirait un de mes amis « frappe en plein dans la poitrine », elle garantit 90 % du succès de n’importe quel groupe, qu’il joue à Wembley ou dans un tripot. Toute personne qui a été à un concert au moins une fois dans sa vie sait de quoi on parle.

On pourrait aussi, probablement, fournir une explication scientifique. On pourrait disserter sur l’influence des basses fréquences sur la psyché. Mais il s’agit probablement ici d’un instinct profond, subconscient et tribal, hérité par chacun d’entre nous de nos ancêtres préhistoriques rassemblés au son des tam-tams autour de leurs feux primitifs.

Que ce soit en boîte de nuit ou dans un stade, la batterie et la basse sont un moyen non-verbal très puissant pour mobiliser les masses, pour faire battre les cœurs au même rythme. C’est pour cela que, depuis 30 ans, les concerts de rue accompagnent toutes les révolutions.

Les américains ont assez vite compris le potentiel de ce truc. Après le Vietnam, la dépression qui s’est installée dans leur société s’est déversée sous la forme d’innombrables festivals à ciel ouvert (Woodstock et autres), tous laboratoires potentiels sur le comportement des foules. L’optimisme des baby-boomers revenus avec des victoires s’est changé en dépression et en escapism dans les années 60. Tous leurs hippies, leurs métalleux, leurs punks sont des projections, des échos des crises économiques et de la guerre du Vietnam.

Une chose importante : la musique rock, c’est la dictature des tonalités mineures. Les « obladi-oblada » guillerets des Beatles seront vite noyés dans les riffs pénibles, comme une rage de dents, des Led Zeps, Purples, Floyds. Le rock c’est, en règle générale, la déprime, le mécontentement, l’agressivité.

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Maintenant, basculons dans les dernières années de l’URSS. Au lieu du syndrome du Vietnam, les Russes ont celui de l’Afghanistan. Mais le fond est le même. Dépression, désespoir, perte de foi en ses propres forces et en cet avenir qui, hier encore, semblait radieux. En premier lieu, cela touche la principale caste révolutionnaire : les jeunes. Le pouvoir est incapable de leur proposer une vision crédible du lendemain. Le pouvoir lui-même ne croit plus en soi. De ce point de vue, la principale raison de la mort de l’URSS, c’est la décomposition des élites dirigeantes, la trahison par ces élites des intérêts du peuple, la défaite des ces élites dans la guerre des visions du monde. « La grande escroquerie du rock’n’roll » (une expression d’Ilia Kormiltsev [8]) est une conséquence de ces défaites, et non leur cause, bien entendu.

Le slogan abruti de l’époque Khrouchtchev, « rattraper et dépasser l’Amérique », donnera avec ses successeurs le concept non moins idiot de « socialisme à visage humain » ou l’hypothèse absurde sur la « convergence des deux systèmes ». C’est cette malheureuse convergence qui a poussé la société soviétique à d’abord s’intéresser, puis respecter, et enfin aimer son ennemi. Ce qui a commencé par un engouement massif pour Hemingway (quand Léra Novodvorskaïa [9] était encore petite) s’est achevé par le concert de Metallica sur les ruines de l’URSS, à l’automne de 1991.

J’ai attentivement étudié la culture populaire américaine. Jamais, à aucune étape de la Guerre Froide, les américains n’ont été été sous ce genre de charme. Un Russe (peu importe, si c’est Tolstoï, Dostoïevski ou un Tsoï de pacotille), dans leur culture populaire, c’est toujours une source de danger, un ennemi. […] Nous avions emprunté un chemin totalement différent : rappelez-vous des cowboys de « L’Homme du boulevard des Capucines » [10]. Rappelez-vous de Paul Dick, le journaliste américain de « TASS est autorisé à déclarer… » [11]. Guidés par une approche de classe, nous avons cherché et nous avons trouvé en Amérique des gens dignes, en arrêtant de prêter attention aux indignes.

C’est pourquoi toutes les tentatives de la propagande soviétique de donner une réponse à l’influence de la culture occidentale se réduisaient en premier lieu à une imitation des modèles culturels occidentaux. En essayant de distraire le badaud de leurs films d’actions et leurs westerns, ils filmaient leurs propres films d’action et leurs westerns. C’est de là que viennent tous les « zemliane », youri antonov [12], et même les makarevitch [13]. Les idéologues du parti étaient incapables de proposer à la société quelque chose de nouveau, de personnel, de révolutionnaire. Quelque chose qui eût ressemblé à Dounayevski/Lebedev-Koumatch modèle 1937 :

Ceux sachant lutter pour la victoire
Qu’ils se mettent à chanter avec nous :
Qui est gai – rigolera,
Qui veut bien – accomplira,
Qui cherche – trouvera toujours ! [14]

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Ainsi, au début des années 80, même la variété soviétique a adopté la voie de la capitulation culturelle. Cela se voyait en tout. Même les instruments des éminents interprètes de variété en tournée dans le pays étaient majoritairement fabriqués à l’étranger (alors qu’il existait en URSS toute une industrie de production d’instruments et appareils musicaux : guitares, synthétiseurs, amplis – tout cela mourra dans les années ‘90). Et que dire de la musique elle-même…

Il faut noter qu’à l’origine, la variété soviétique (la musique pour les masses) avait d’excellentes positions défensives. La variété employait de remarquables compositeurs, de superbes chansonniers. La variété soviétique était complexe, pluridimensionnelle, intellectuelle. Tout en restant un « petit genre », elle tirait, tout de même, son auditeur vers le haut. Personnellement, j’ai du passer par toutes les étapes de la déchéance rock’n’roll pour commencer à apprécier Alexandra Pakhmoutova. Que Dieu la garde en bonne santé. Pardonnez-les et pardonnez-nous, Alexandra Nikolaïevna !

La musique rock a traité toute cette diversité comme un voyou traite un intello à lunettes. Le rock a annulé toutes les tonalités, à part un « La mineur » de cour d’immeuble (rappelez-vous : si possible, rien de majeur!) Le rock a annulé toutes les mesures (caractéristiques aussi bien du shanson russe que de la chanson soviétique) à part le 4/4. Le rock nous a soudés dans la tête le schéma « couplet-refrain-couplet » américain.

Ici, il faut préciser. Si, pour les américains, ce processus était en grande partie logique et n’entrait pas en contradiction avec leurs traditions culturelles (jouez du « Metallica » sur un banjo, et vous aurez de la country), pour les russes l’arrivée des musiques pop/rock allait signifier une destruction complète des codes culturels, une destruction de l’identité culturelle. Je me rappelle que le groupe « Tchaïf » s’indignait :

Pour quoi foutre un gars de l’Oural est adepte du tai-chi ? [15]

Et pour quoi foutre toi, Volodia Bégounov, tu as planté tes dents dans cet harmonica sur lequel quelqu’un d’autre a déjà bien bavé ? Pourquoi tes riffs sonnent comme si Rabinovitch [16] t’avait chanté Jimmy Page au téléphone ? Tu te rends compte que pour n’importe quel américain, toute la musique de Tchaïf, c’est un véritable cirque-chapiteau ? Comme le punk chinois, par exemple. Jamais, même dans le pire des cauchemars, un américain ne va imiter un Ivan russe, jouer de la balalaïka et des cuillères. Et nous, on l’a fait et on continue à le faire.

Tout le « rock russe », c’est une cape de seconde main. Dès le début des années 80, nos goûts et nos préférences ont été effacés et réécrits.

C’est ce que Joseph Nye, professeur à l’université de Harvard, appela un jour la « puissance douce » – soft power. J’ai rencontré Nye dans son bureau, et nous avons parlé en détail de ce que c’est, de la manière dont cela fonctionne. Nye est imbu de sa pertinence et de sa célébrité. Il y a de quoi, probablement. Il croit que le leadership américain est inébranlable. J’ai retenu cette phrase : « La musique rock et le coca-cola ont plus fait pour l’Amérique que les armes nucléaires ». La principale victime de l’arme de Nye est, bien entendu, notre propre musique populaire. Mais c’est une discussion à part.

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Ainsi, en 1990, il y a en URSS quatre centres de la culture rock : Moscou, Leningrad, Sverdlovsk, la Sibérie. Chacun contribue d’une manière unique à détruire le pays. Leningrad est une fenêtre vers l’Europe. C’est-à-dire, avant tout, un circuit d’entrée pour la contrebande de biens de consommation [17].

Il est intéressant d’évoquer ici l’exemple d’une icône déjà oubliée du mouvement rock soviétique, Andreï Panov (alias « Svin’ia » [le Porc], [leader du groupe] « Avtomatitcheskiie Oudovlitvoriteli » [Satisfacteurs Automatiques]) dont les parents, les danseurs Valery et Lia Panov (Schulman) ont beaucoup voyagé dans le monde (ils finiront par s’installer en Israël). « Le Porc », comme 99 % des acteurs du mouvement rock, n’était doté d’aucun talent, par contre la position privilégiée des parents lui permettait de fournir ses copains de la bohème avec les nouveautés occidentales et de jouir d’une solide réputation dans les milieux informels. Panov est un exemple flagrant de la manière dont un bon à rien devient une célébrité, parce qu’il a commencé à refourguer avant les autres la zik, les fringues et les stéréotypes de comportement entraperçues à l’étranger. Puisqu’en URSS, il n’y avait ni Sid Vicious ni Johnny Rotten, Andreï Panov est devenu le premier punk du village. Et le problème ne vient même pas du fait qu’il pissait de la scène sur son public ou chantait son désir de crever. Le problème, c’est qu’avant « le Porc », ça a déjà été fait 150 fois en Occident. « Le Porc » ne sera jamais autre chose que du régurgité. Mais regardez donc avec quels honneurs les chaînes centrales de la télévision russe ont couvert ses funérailles dans les années 1990 ! [18]

Le rock-club de Leningrad, c’est une histoire très louche. Cet incubateur pour dégénérés agités fonctionnait, comme on le sait, sous la surveillance étroite du KGB. Quelles étaient les motivations des auteurs de cette expérience ? Est-ce que cela ne rappelle pas la manière dont ce même KGB a soigneusement cultivé des oligarques à partir des premiers « coopérateurs » ? [19] Disperser ce bordel ou lui donner une motivation différente n’aurait pas été très sorcier. Et rien de grave ne se serait passé, la terre ne se serait pas retournée. Les « camarades compétents » [20] connaissaient toutes les technologies permettant de travailler sur la conscience populaire, leur potentiel destructeur. Pourquoi rien n’a été fait ? Comme on dit, « je suis tiraillé par de vagues doutes. » [21]. […]

Le rock-club de Leningrad a offert au pays trois chevaux de l’apocalypse soviétique : « Kino », BG, DDT. Trois hongres gris [22] : Tsoï, Grebenchikov, Chevtchouk. Égaux dans leur médiocrité, ils ont toutefois chacun apporté une contribution différente à l’ouvrage commun. La clef, ici, est dans le mot « médiocrité » [23], nous verrons cela plus en détail quand nous nous pencherons sur les textes.

Quoiqu’il en soit, les bêlements végétariens sur « Le vieux Kozlodoiev » [24] et même les bêlements prétentieux sur « ce train en flammes » [25] ne menaçaient pas grand-monde. Ça ne donne pas envie de danser, quoi que t’y fasses. On peut dire la même chose sur les « phares noirs près du portail voisin » [26] de Iouri [Chevtchouk, DDT], qui ont mis en route la déstalinisation musicale. « Kino » – c’est une autre histoire. « Kino » et « Laskovyï Maï » [27] étaient deux explosions puissantes et ciblées. Le Yin et le Yang de la fin de la perestroïka.

Il conviendrait de s’attarder sur le cas de Tsoï, vu que le député Fiodorov en personne l’a accusé [28] d’avoir collaboré avec la CIA…

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1 « La ville est le théâtre d’affrontements interethniques entre Kirghizes et Ouzbeks en mai 1990 » (wikipédia)

2 Soumgaït : ville d’Azerbaïdjan où ont eu lieu, en 1988, des pogroms anti-arméniens, au tout début de la guerre du Haut-Karabagh.

3 Épicentre du séisme de 1988 en Arménie.

4 K. Siomine utilise ici le terme mirovozzrenie (de mir – « monde », et zrenie – « vision ») ; on peut considérer ce mot comme une traduction russe du concept allemand weltanschauung

5 Né en 1980, rocker et journaliste dès son adolescence, K. Siomine a longtemps travaillé pour la presse officielle russe, et il a notamment été correspondant aux États-Unis. Pour plus de détails sur son parcours, voir la présentation qu’il en fait, par exemple, dans sa vidéo « Le Rock russe : de l’amour à la haine – Réponses aux commentaires (2e partie) »

6 Référence à un mème populaire au milieu des années 2010, parti d’un commentaire sur une vidéo parlant de l’annexion/rattachement de la Crimée. http://wikireality.ru/wiki/Всё_не_так_однозначно

7 De katchat’(-sia) « (se) balancer ». À l’origine de l’expression familière muzyka katchaet ~ « c’est du son qui en balance »

8 Ilia Kormiltsev a en fait lui-même emprunté l’expression au film The Great Rock’n’Roll Swindle (1980), un faux documentaire parodiant l’histoire des Sex Pistols.

9 Valéria Novodvorskaïa (1950-2014), célèbre anticommuniste et militante des droits humains.

10 Film comique et postmoderniste de 1987 ayant pour thème l’arrivée du cinéma dans le far-west américain.

11 Série télévisée de 1984, mettant en scène l’affrontement des services secrets soviétiques et américains.

12 Le VIA Zemliane (Les Terriens) et le chanteur Youri Antonov sont deux exemples très connus du rock officiel soviétique. Je précise au passage que l’auteur omet, de manière volontaire, les majuscules à certains noms propres, ce qui est reflété dans la traduction.

13 Andreï Makarevitch et son groupe « Machina Vremeni » étaient, dès les années 1980, bien intégrés dans les circuits officiels, même si certains de leurs textes restaient interdits par la censure.

14 « Le vent joyeux », sur un poème de Vassili Lebedev-Koumatch et une musique d’Isaac Dounaievskiï. Le morceau date en fait de 1936, et a été utilisé cette même année dans le très populaire film pour la jeunesse Les Enfants du Capitaine Grant.

15 Tiré de la chanson « Le Vent libre » (1987), opposant de manière comique et lyrique, sur fond de motifs folkloriques russes, les héros de la chanson, simples paysans, à l’engouement que connaissait alors l’URSS pour les arts martiaux, le yoga et autres disciplines plus ou moins ésotériques venues de l’Orient.

16 Référence à une blague soviétique se moquant du stéréotype du parent ou ami juif qui a émigré aux États-Unis, et à l’attitude naïve qu’on pouvait avoir face au rayonnement culturel que les émigrés propageaient :
– J’ai pas du tout aimé, Pavarotti : il grasseye, il loupe les notes…
– Vous l’avez vu en concert ?!?
– Non, mais Rabinovitch me l’a chanté au téléphone.

17 En russe : fartsa, désigne les biens de consommation occidentaux (comme des vinyles ou des jeans) importés en douce par les individus qui en avaient l’occasion, puis revendus au prix fort sur le marché noir soviétique.

19 Petits commerces individuels (restaurants, coiffeurs, boutiques) autorisés au temps de la perestroïka. Les représentants de certaines classes ou catégories de la population (comme les membres de jeunesses communistes, les clubs sportifs) bénéficiaient d’abattements fiscaux ou tout simplement de liens privilégiés pour devancer la concurrence.

20 L’expression « organes compétents » (kompetentnye organy) est un moyen courant de désigner les services secrets ou la police.

21 Citation tirée du film « Ivan Vassiliévitch change de profession ». La phrase est prononcée par un des protagonistes du film quand il aperçoit le blouson « d’import » de son voisin sur les épaules du cambrioleur Georges Miloslavski.

22 Référence à l’expression russe « mentir comme un hongre gris » (mentir effrontément/abondamment/de manière peu crédible) [врать, как сивый мерен].

23 Бездарность – de bez (sans) et dar (don, talent)

24 «Козлодоев» (ou «Старик Козлодоев»), 1981, chanson du groupe Akvarium qui raconte, sur un ton satirique et assez vulgaire, les aventures d’un vieillard lubrique, ancien playboy qui finira rejeté par les femmes. La référence au végétarisme vient de l’image écolo-hippie-bouddhiste que Boris Grebenchikov, auteur et interprète de la chanson, s’est donné toute sa vie.

25 Autre chanson de Grebenchikov/Akvarium populaire durant la perestroïka. Elle figurera, entre autres, sur la bande-son du film Rose noire – emblème de la tristesse, rose rouge – emblème de l’amour (1989), profondément emblématique de l’époque.

26 Extrait de la chanson de DDT « Terre Natale » (Rodina), écrite en 1989, publiée 1992. Le texte, d’après l’auteur, a été rédigé sous l’influence du roman « Docteur Jivago » de Pasternak.

27 Prototype du boys band à la russe, extrêmement populaire durant la perestroïka.

28 Voir à ce sujet un billet de 2014, « Rock Around the Kremlin (À l’Est, toujours rien de nouveau) » et la récente révision de l’adaptation de « Changement ! » du groupe Kino.

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Apprends à jouer de la guitare
Et toutes les nanas seront à toi !
Illustration de Vassia Lojkine

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